Pourtant tout semblait bien commencer dans le début de la matinée de ce jeudi où seulement une voiture en mégaphone sillonnait la ville, pour appeler les gens à aller à Bandar es Salam « faire l’affaire ». Là bas, le diplomate José Francisco Madeira est attendu avec, selon un membre de l’opposition, certains membres du gouvernement de l’union, originaires de Mwali. « Koula Mwali wakweli leo !! narimouené » [les vraies mohéliens doivent se montrer aujourd’hui] c’est la chanson de la tournante du DJ Edemou dans une Renault 21, qui servait à monter l’adrénaline aux manifestants.

C’est aux environs de 11h lorsque devait atterrir l’avion d’Air service Comores que la situation s’est empirée. Toutes les artères de la capitale ainsi que la route qui mène à l’aéroport sont barricadées. Des pneus et voitures son brulés. Il est devenu impossible de joindre l’aéroport en voiture, les motos et bicyclettes passaient difficilement. Bien que des militaires sont déployés un peu partout, un groupe de femmes avec quelques hommes à leur cotés parvient à envahir l’aérodrome. L’hymne nationale du régime Ali Soilihi et des chansons de l’embargo de 1992 animaient la foule. L’avion atterri quelques minutes après mais sans Madeira ni autorités du pouvoir central. Seul le commandant de la gendarmerie Halidy Charif et quelques simples civils sont descendus de l’avion.
Le vice président Iklilou et le ministre Oukacha ont suivi le vol de Comores Island Airline de 14h, tandis que le ministre Fouad Mhadji, selon la rumeur, aurait suivi le même vol mais serait descendu à Anjouan. C’est alors que les choses deviennent sérieuses. Les manifestants affrontent les militaires, des femmes et des jeunes garçons sont baissés lors que ces autorités de l’union descendaient de l’avion.

Dans la capitale, la tension monte d’un cran. Toutes les boutiques sont spontanément fermées, aucune activité régulière dans la capitale n’est plus possible. « Tous les anjouanais doivent plier bagage on en a assez » lancent des manifestants en colère. Toutes les paillotes tenues pour la plupart par des vendeurs anjouanais au marché de Fomboni sont incendiées après que le lieu ait été déserté quelques minutes avant.
L’ambulance que le vice-président Ikililou avait fait don au CHR de Fomboni mais qui n’a jamais circulé à cause de son état vétuste a été emporté par les manifestants jusqu’à la route principale pour être brulée. L’incident le plus grave s’est produit à la pharmacie du même vice président Iklilou Dhoinine. Ici, la porte a été défoncée, tout a été brulé en quelques secondes. Des ordinateurs, des meubles et tous les médicaments sont carbonisés après être jetés dehors, pendant que les autorités de l’union se réunissent en conclave dans les locaux de la coordination du gouvernement central qui se situe entre Boingoma et Bandar es Salam, impossible de joindre la capitale.

Le commandant de la gendarmerie à sa descente de l’avion, prend la direction de Bonovo où il a eu un entretien de plus d’une heure de temps avec le chef de l’exécutif de l’ile Mohamed Ali Said, mais malgré l’insistance de La Gazette et HZK-Presse, aucune information n’a filtré de leurs entretiens.

En un mot, à l’heure où nous bouclions cet article, l’image de la capitale de l’ile de Djoumbé Fatima aujourd’hui rappelle étrangement les événements de l’année 1992 et même avec une ampleur plus inquiétante. On déplorait en fin de soirée 4 blessés et d’importants dégâts matériels. C’est une ville complètement en fumée et paralysée. « La fête ne fait que commencer » annonce un des manifestants que HZK-Presse a croisé dans la rue. Aucune personnalité politique ni du pouvoir ni de l’opposition n’a encore fait de déclaration sur cette nouvelle crise qui embrase Mwali, trois jours seulement après le vote par le Congrès de la loi qui a prorogé de 18 mois le mandat du chef de l’Etat.
MOUAYAD SALIM
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