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"Qui connait le kilolitre" n’est plus. Par ELHADJI Mohamed

mercredi 26 octobre 2016, par Mzé

"Qui connait le kilolitre" n’est plus.
Par ELHADJI Mohamed

Tous ceux qui ont eu à fréquenter un établissement scolaire primaire de Mbadjini Est, aux 60’s et début 70’s, ont déjà entendu cette question de "qui connait le kilolitre ?"
Elle est de Said Nassur Maoulana Idaroussi. Il entrait dans les classes, au tout début de chaque rentrée scolaire, et posait cette question à tout le monde.
Les élèves qui avaient l’esprit d’extrapolation se disaient "comme il existe le kilomètre, le kilogramme, le kilolitre doit bien exister et il est égal à 1000 litres ; tout comme un kilomètre est égal à 1000 mètres".
"C’est moi, Monsieur, il est égal à 1000 litres"
Said Nassur Maoulana riait et s’en allait,. il ne donnait jamais de réponse, pour la simple raison que la réponse n’existait pas.
Cet ancien professeur d’école, directeur d’école, et administrateur, s’est éteint le 4 septembre 2016 et est enterré dans son village natal , Didjoni le 5 septembre 2016.
Qui est Said Nassur Maoulana Idaroussi ?. Qui fut il ? En quoi sa carrière a présenté un intérêt pour nous ?
C’est ce que nous allons essayer de développer dans les lignes qui suivent.

Un parcours d’un enseignant exemplaire.

Son itinéraire ressemble plus à celui d’un pionnier qu’à celui d’un enfant gâté.
En effet, il fut l’un des professeurs d’école, pionnier dans la région de Mbadjini Est.
Il fut aussi un élève brillant. Sous l’autorité de son père, Maoulana Idaroussi qui veillait bien sur lui, il fit un parcours académique exemplaire, de l’école primaire de Foumbouni, au lycée Said Mohamed Cheikh de Moroni.

Ayant décroché son B.E.P.C (brevet de collège)., son brevet d’enseignement, et son Certificat d’Aptitude à l’Enseignement (l’équivalent du diplôme de professeur d’école), il débarqua à Nyumamilima le 20 octobre 1962,(comme Kalidanse à Foumbouni, Mlaili à Hatsidzi...) .

Il ouvrit ce qui sera désormais l’école primaire de Nyumamilima. Il était enseignant, et directeur.. .A ce temps là, c’était l’espoir aux mains nues : Il était muni de sa volonté , et de ces outils qu’ont les gens qui veulent changer la vie , sans mouvement de masse, ni de révolution : le temps, le talent et le cœur, comme le chante J.J. Goldman.
Il a formé plusieurs promotions.
Il était dévoué à ce métier .Il faisait partie de l’équipe qui organisait le concours d’entrée en CM1 à Foumbouni, une fois que celui ci eut été transféré du Lycée Saïd Mohamed Cheikh de Moroni vers Foumbouni.(voir une brève histoire de l’école de Foumbouni et celle de Mbadjini)

Pour l’anecdote, c’est lui qui répéta la dictée, après l’enseignant malgache en guise de rectification pour que les élèves ne soient pas perdus par la prononciation de notre enseignant. c’était en juin 1964.
"le shanglié et she marcashin, qui aiment le voijinage..."
On le trouva dans les principales écoles primaires de Mbadjin Est ( Nyumamilima, Foumbouni, Malé...) et aussi à Chouani.

L’administrateur

C’est en 1972, ayant enseigné la promotion de AbdoulAnzize Chouaibou, Youssouf Mohamed Ali(Belou), Mariama Said., Ali Youssouf...,en classe de CM1, qu’il partit en France, faire des études d’administrateur civil. comme la plupart d’enseignants avant lui:feu le president Said Mohamed Djohar, Daroueche Abdallah... et après lui ( Ahamada Mdjassiri, Dhoiffir Mohamed Soilhi...)
il officia, au ministère de l’intérieur, puis au gouvernorat de Ngazidja, section finance.
il fut un grand administrateur et très soigné dans son travail, ce qui lui a valu l’admiration de tout le monde .Il a toujours gardé sa rigueur d’enseignant et d’administrateur. , même dans sa vie personnelle.

En 1989, alors que son fils, Charif Said Nassur venait d’être admis au baccalauréat, il a essayé de l’inscrire dans une faculté de sciences en France notamment Aix Marseille II, Luminy.
La réponse aux deux demandes formulées(Luminy et une autre faculté de sciences) ne fut pas favorable.
Il s’est déplacé en personne pour venir examiner les voies et les moyens sur place de pouvoir inscrire son fils dans une université française. Il était déterminé et il croyait. Il voulait que son fils fasse des études en France comme lui, dix sept ans avant.
Il a pris notre adresse, nous a écrit, a expliqué l’objet de son voyage, de son périple.
Je me souviens comme si cela datait d’hier, du contact que je pris avec la faculté de sciences de Saint Charles(Université de Provence) qui me conseilla d’introduire une requête auprès du ministre de l’Education nationale(dernier recours), Rue de Grenelles et le service de scolarité me donna l’adresse.
En concertation avec lui, nous avons adressé une requête au ministre Lionel Jospin avec les éléments suivants :
- Je suis Said Nassur Maoulana, fonctionnaire aux Comores et ancien étudiant de telle école.
- Mon fils s’est vu refuser les deux demandes de préinscription.
- Aux Comores, il n’y a pas de faculté de sciences.
- j’aimerais que vous examiniez la possibilité de l’inscrire dans une faculté de sciences en France.
Rentré aux Comores, il trouva la réponse de sa demande.
Le ministre de l’Education Nationale, Lionel Jospin, autorise Charif Said Nassur à s’inscrire à Aix Marseille II, à la faculté de sciences(Luminy).
C’est ainsi que son fils Charif Said Nassur a pû s’inscrire à Luminy, pour faire le DEUG A et plus tard s’orienter vers la physique.
cela, n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de sa démarche rigoureuse d’enseignant et d’administrateur.

une vocation en héritage.

En 1995, Charif Said Nassur fut affecté au Lycée de Domoni(Anjouan) pour enseigner la physique et après, au Lycée de Foumbouni.
En septembre, 2012, lors de l’ouverture du Lycée Public de Pimba à Inané, c’est Charif Said Nassur qui est proviseur.
Il a tout naturellement hérité le métier de Papa (enseignant et directeur d’’école).
Said Nassur Maoulana, a pu transmettre son métier, voire sa passion à son fils :"tel pére, tel fils"
C’est une preuve supplémentaire qu’il aimait ce métier.

Plus d’un demi siècle après, en septembre 2014, il fut invité à Nyumamilima pour célébrer l’admission de plus d’une trentaine d’élèves au baccalauréat.
Vêtu de son boubou blanc, d’une veste noire, de son bonnet et de son Bouchti, il était assis sur une chaise à la tribune. Cette festivité sonnait comme une reconnaissance de son œuvre de pionnier de l’école de Nyumamilima.
Bien qu’il n’ eut pas parlé, sa présence et le score élevé des enfants de Nyumamilima au baccalauréat de cette année là, en disaient long sur le devoir accompli.
Oui ,son devoir, il l’ a accompli avec amour, il aimait ce métier, donc, il aimait ce pays qui est le sien.
Ayant été à la retraite depuis plusieurs années, il s’est éteint à l’âge de. de 72 ans.

"Qui connait le kilolitre" n’est plus, mais son œuvre court toujours, sa volonté, son engagement à diffuser le savoir a eu des relais, . La région de Pimba , la région de Mbadjini et au delà, tout le pays témoignent de cette reconnaissance. Des personnalités et des inconnus des horizons différents, sont venus se recueillir sur sa tombe dans son village natal et parler des bienfaits du défunt .

Que Dieu lui accorde sa miséricorde et une place au paradis.